lundi 18 mai 2015

Le voyage d'Espagne - Fin de route

1.5.5. Le genre de nuit à vous faire fuir d’un hôtel. L’insonorisation étant d’un autre âge pour ne pas dire qu’elle est inexistante, le moindre client qui circule dans le couloir ou parle à voix haute dans sa chambre peut être entendu par les autres chambres. Lorsqu’il s’agit d’un groupe scolaire entier qui s’agite dans le couloir la nuit vire à l’enfer jusqu’à faire intervenir les grooms.


Pour une dernière nuit en Espagne, celle-ci donne envie de faire sauter tous les verrous de tolérance que nous nous sommes imposés pour ce voyage jusqu’à se laisser aller à quelques critiques, y compris sur la qualité des produits servis lors du petit déjeuner. La règle en voyage est pourtant de se contenter de ce qui nous est proposé, de manger quand on peut et non quand on veut, force est d’admettre que face à l’adversité nocturne certaines vérités finissent par être bonnes à dire.

J’ai trouvé globalement le pain fade mais peut-être est-ce dû à la salaison des produits consommés avec. Un Français mange volontiers du pain nature, ce qui impose qu’il soit légèrement salé. Mais consommé avec une purée de tomate à l’huile d’olive et aillé, un pain salé pourrait être immangeable.

Les croissants au chocolat sont une expérience dont a posteriori je me serais volontiers passé. En revanche, le cafe con leche est délicieux, juste bien dosé comme il faut et agréablement consistant.



Fin de route. La frontière passée nous laisse comme orphelins, les réflexes franco-français doivent revenir, à nouveau faire face aux pratiques routières peu louables, éviter de parler Espagnol – à tout le moins de tenter de le parler – dans les magasins. D’un certain côté il y a l’aspect rassurant du retour au pays, de l’autre la mélancolie propre à la fin d’un beau voyage. Nous rentrons riches de ce que nous avons pu découvrir, des rencontres fussent-elles de simple passage, des paysages et des monuments, des ambiances et des odeurs, des goûts et des saveurs. Que d’images nouvelles gravées dans les lieux ou sur pellicule, en aquarelles. Nous ne rapportons ni livre ni souvenir, ce que nous avons engrangé permettant d’en constituer à suffire !


Le voyage peut maintenant se prolonger, bien sûr en revoyant les photos mais aussi en étudiant à partir des villes visitées, sur leur histoire, la description des monuments. Ce qui ainsi nous permet de découvrir qu’en entrant dans la cathédrale de Séville, la plus vaste d’Europe par son volume intérieur et non par ses proportions (St Pierre n’entre pas dans le classement, n’étant pas une cathédrale et restant totalement hors normes), nous en avons visité la partie gauche, le centre étant occupé pour la messe, tandis qu’à droite où nous ne sommes pas allés se tenait le tombeau de Christophe Colomb. C’est magnifique de côtoyer ainsi l’Histoire et si les pierres pouvaient parler il serait doux de les écouter. Se dire tout ce que ce monument a pu vivre comme événement, en être le cadre ou le décor.



2.5.15. A l’endroit même où j’écrivais il y a quinze jours que la route du sud était lancée, j’en suis à écrire que la route du retour est désormais entamée. Quitter la douceur du sud pour repartir vers ce qui nous est annoncé comme la grisaille parisienne. C'est la fin du voyage d'Espagne, commence maintenant la souvenance du voyage, celle qui va nous porter longuement et qui m'a donné le plaisir d'écrire et de décrire, par des mots et des images, un pays sur lequel j'ai désormais un regard neuf.

Fin du voyage.




dimanche 17 mai 2015

Le voyage d'Espagne - Barcelone

30.4.15. Visite de Barcelone. Je ne suis pas retourné dans cette ville depuis 11 ans maintenant et je n’arrive toujours pas à m’émerveiller. La Sagrada Familiala est bien sûr un monument impressionnant, a fortiori vu le manque de recul quand on se trouve à ses pieds, au contraire de Notre-Dame de Paris dont le parvis offre lui le recul nécessaire à l’observer sous un angle idéal. Mais le bruit du chantier, cumulé à celui de la ville, le rende peu appréciable.
La circulation, bien que fluide, est assourdissante, si bien qu’il faut choisir entre étouffer fenêtre fermées dans la voiture ou être agressé par le bruit.



La Rambla si célèbre n’est finalement qu’une avenue ombragée comme une autre, bordée comme une autre de boutiques et peuplée encore comme une autre de stands de marchands pour la grande joie des touristes.
Le « Colom » est majestueux, ouvrant sur le port et renvoie à une Histoire ancienne qui force le respect. Le chauvinisme breton habitué aux récits de Jacques Cartier doit céder le pas, sans difficulté à vrai dire, face à l’empreinte dans l’Histoire de Christophe Colomb.
Déjeuner dans un restaurant de tapas, guidés par des amis locaux qui ainsi nous font profiter de produits locaux typiques qu’il est bon de pouvoir partager. Ces tapas sont décidément parfaits pour une ambiance conviviale.


Fin d’après-midi sur la plage, à profiter du soleil et du vent marin avant la fin des vacances. Dernier jour à pouvoir se croire en été de façon anticipée pour recharger les batteries avant d’attaquer les mois à venir.



Je ne pense pas être allé aux bons endroits de Barcelone pour apprécier cette ville, comprendre pourquoi elle est tant appréciée par ses habitants. Le circuit touristique ne mène pas dans les bons endroits, à moins d’y séjourner plus longtemps. Peut-être aussi au terme de 14 jours de visites étions-nous comme saturés, éprouvant le besoin de poser nos bagages, fut-ce un bref instant, pour prendre le temps de respirer au lieu de chercher à engranger.


Grande différence d’ambiance et d’accueil. Autant partout en Espagne nous avons rencontré un accueil chaleureux et aimable, bardé d’attentions pour le voyageur, autant ici le Catalan, tout à sa fierté, méprise le visiteur.


samedi 16 mai 2015

Le voyage d'Espagne - Traversée de l'Aragon

29.4.15. Journée de trajet assez longue entre Tolède et Calella, dans la région de Barcelone, au bord de la mer. Une route qui partant de Castille traverse l’Aragon puis la Catalogne.


Le paysage d’Aragon est d’une beauté sauvage parfois presque vierge, au relief surprenant sitôt dépassé Madrid. Tantôt des collines rondes comme des balles, tantôt des pyramides, tantôt des curiosités géologiques en strates ocres rouges. De-ci, de-là,  un château parfois en ruines qu’il se confond avec le relief dont ses pierres sont issues, ou un monastère, le tout souvent totalement isolé sans aucune autre forme d’habitation à proximité. Et la route qui passe, cherchant à se faire discrète.
Subitement, arrivés en haut d’un plateau, tout se transforme en un paysage de Beauce entièrement verdoyant, habité et irrigué alors qu’un instant auparavant c’était davantage une impression de Larzac aride.

Puis redescendant dans le creux de la vallée, à nouveau des paysages lunaires comme abandonnés. Une telle impression est renforcée lorsqu’à certains points de passage la route a été taillée dans le roc de la montagne plutôt que de la gravir, provoquant des saignées dont le mérite est d’admirer la teinte en profondeur de la roche et son organisation en strate, comme pour remonter dans le temps géologique qui court sous nos pieds.





vendredi 15 mai 2015

Le voyage d'Espagne - Tolède de nuit, Madrid

28.4.15. Toujours perché dans ce nid d’aigle de Tolède, version vespérale cette fois, face à un Alcazar illuminé tranchant sur le bleu sombre du ciel, la plume se fait rêveuse tandis que les pigments d'aquarelle sèchent en paix.



Madrid aujourd’hui, à moins d’une heure de route depuis Tolède. On pénètre dans l’agglomération madrilène en venant d’une campagne sans aucun signe avant coureur d’urbanisation si ce n’est l’encombrement de la route qui va se densifiant à l’approche de la ville. Et soudain, au détour d’un champ, les confins de Madrid se dressent. Ne sachant où aller, c’est confiant dans le hasard de la circulation que nous sommes parvenus jusqu’à un parking pour en sortir Plaza Mayor, magnifique quadrilatère ceint d’une colonnade fraiche peuplée de restaurants et de boutiques de goût parfois discutable.



En remontant une avenue, nous arrivons sur la Puerta del Sol dont la ressemblance avec Trafalgar Square sous un certain angle est amusante. Une grande place majoritairement piétonne où semblent se concentrer tous les cercles de la société madrilène mélangés d’une masse confuse de touristes.
Puis toujours poursuivant, le Musée du Pardo sur une avenue arborée distribuant une ombre généreuse, sur le parvis duquel une statue de Vélasquez assis au travail nous accueille.

Déjeuner dans un petit restaurant qu’il suffit pour trouver de sortir des avenues principales et remonter une petite rue latérale ; découverte incroyable du plat « arroz negro », du riz noir à l’encre de seiche servi avec une crème onctueuse.

Pendant que j’écris ces lignes, j’ai en face de moi un voyageur japonais isolé qui a colonisé le canapé du nid d’aigle de toutes ses affaires, peu importe si d’autres voudraient s’y installer, qui dine en gobant du jambon à même le paquet sans utiliser de couvert, une bière en boite pour délayer le tout, son Mac sur les genoux insensible à la nuit qui tombe autour de nous et du spectacle des monuments éclairés, totalement dénué de savoir-vivre quant à la discrétion sonore que le partage d’un lieu commun impose. L’apparition du joint du soir m’a fait sursauter, le rappel à l’ordre ne s’est pas fait attendre quand mon spécimen s’est installé sur l’escalier descendant à la terrasse, porte ouverte, pour consommer son stupéfiant qui, à ma grande hilarité, l’a placé hébété dans un état totalement second en quelques minutes à peine, mon humanisme dut-il en souffrir.




A Madrid, au détour du Prado nous entrons dans le Parque Del Retiro, tellement vaste que sous certains couverts arborés l’impression d’être en forêt s’impose. Les arbres ont une hauteur majestueuse qui force le respect tant elle évoque leur ancienneté.
Impossible en si peu de temps de tout voir comme le Palais de Crystal au nom charmeur, mais au moins l’étang et le monument à la gloire d’Alfonse XII. Rome a son monument dit la Machine à Ecrire, celui-ci en impose dans le style totalement excessif du culte de la personnalité post-mortem. La statue du souverain, dressé sur un cheval lui-même tête fière, est perché sur une colonne émergeant d’un péristyle en arc de cercle à colonnade gémellée, gardée par des lions dressés aux aguets.
Comme sur le Grand Canal de Versailles des petites barques circulent sur le bassin, pompeusement appelé étang, quand soudain une variété étrange de péniche se glisse, chargée de touristes, au milieu de toutes ces barques mais totalement en silence, hormis le brouhaha incongru des conversations à bord : la barge évolue à l’énergie solaire, son toit étant un vaste panneau photovoltaïque. Si l’idée est louable, je tremble d’imaginer notre vénérable vapeur de Séville transposé sur ce bassin, l’intérêt de circuler de la sorte sur un plan d’eau aussi modeste me laisse songeur, sauf à aimer dépenser son argent inutilement quand il est si simple et presque si rapide d'en faire le tour à pied.


Cette visite de Madrid aura été trop courte pour n’en voir qu’une infime partie et en apprécier le caractère, mais qu’il est bon de déambuler dans une capitale européenne, de pouvoir circuler aussi librement et ainsi découvrir de nouveaux lieux avec une telle aisance, quelque trajet finalement vite passé et une nouvelle ville est à portée de découverte.

Un retour aux plaisir du voyage itinérant d’autrefois, malgré la brièveté du temps imparti par les vacances.