Affichage des articles dont le libellé est Carnet de voyage. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Carnet de voyage. Afficher tous les articles

mercredi 31 août 2022

Ainsi va Bréhat





©Axel Pivet - 2022

Dans le petit matin encore gris et froid, le relief de l’Arcouest dissimule toute vue sur le large, c’est encore la campagne à proximité de la mer. A la dernière minute, du haut d’une cote, le panorama se dévoile enfin, dans toute sa majesté comme un tableau de David, à couper le souffle, perturbant profondément la concentration du conducteur. Une myriade d’îles, confettis de terre cherchant à avaler une goulée d’air en se hissant hors de l’eau. Un émerveillement saisissant devant une telle perle de la nature. Ainsi se présente Bréhat, au coeur de son archipel.

Il y a bientôt 30 ans, je me suis perdu dans ce dédale de roches, cherchant le chenal sans parvenir à le distinguer. Au navigateur extérieur l’île ne se laisse pas facilement gagner. Au voyageur d’aujourd’hui, il suffit d’un bond de sauter dans la navette et d’un autre bond franchir le détroit depuis l’Arcouest, se laisser déposer sur le confort d’une cale pour rejoindre Port Clos sans plus d’effort que de savoir où porteront ensuite ses pas. Loin du cirque d’alors, sans GPS, le mouillage à prendre en solo, l’annexe à gonfler puis trouver son chemin dans le soir tombant jusqu’au premier bistrot voulant bien accueillir un voileux hirsute de passage.

 

©Axel Pivet - 2022


C’est en père de famille que je reviens des années après mais en moi la vibration originelle est toujours là qui résonne en ce lieu magique. Ainsi en va-t-il des îles, évoquant les voyages extraordinaires, le lointain d’une expédition, les richesses à découvrir. On ne se refait pas, à presque 50 ans aborder une île me renvoie à des jeux d’enfant quand il est possible d’être contrebandier en Optimist, quand une plage de Bretagne devient une île déserte des Caraïbes. Ainsi va Bréhat, du sommet d’une hauteur surplombant un camping, avec les cohortes de touristes en marche, j’y ai vu une île déserte, faisant abstraction de la foule en plongeant le regard dans l’infinie beauté d’un paysage envoûtant, nettoyant d’un coup de pinceau les petites taches gênantes, plissant les yeux pour que Bréhat se dévoile à nouveau vierge, livre ouvert dont on lit une nouvelle page en portant le regard dans une autre direction. Et quel livre ! De ceux qui continuent de grossir au fur et à mesure que l’on progresse dans leur lecture.

 

©Axel Pivet - 2022


Car la marée entre en scène qui réécrit les pages déjà lues, car la lumière prend la plume à son tour pour tout redessiner et offrir une autre lecture. Mais volage, cette lumière offre de nouveaux habits à la vision sur le paysage, crée de multiples combinaisons avec la marée, déclinables à l’infini.

 

Le pinceau devient ivre, fou de bonheur lui qui peut se lâcher sur le carnet, jouer comme il l’entend sur la palette des couleurs pour faire vibrer celle des émotions, dessiner et redessiner une même vue sans que jamais ce ne soit la même.

 



©Axel Pivet - 2022

La mer se glisse entre les cailloux, recouvre la grève, fait danser les bateaux au mouillage en les sortant de la léthargie de l’échouage. Debout les crabes, la mer monte ! Avec la marée vient le vent, avec le vent viennent les voiliers, le bal peut commencer. Les danseurs avancent doucement jusqu’à la piste, franchissant les passes, embouquant les chenaux jusqu’à l’eau libre et l’archipel s’anime subitement. Les voiles à la surface de l’eau sont le reflet des ailes des goélands dans le ciel, taches blanches ou colorées qui jouent avec le vent, se jouent des courants, enroulent les balises et évitent le récif. Sous le soleil c’est la foule des grands jours, certains ont sorti leurs plus beaux atours, spis bariolés, génois colorés. 

Et soudain, le silence se fait : au milieu de la flotte se dégage un vieux gréement aux voiles bistres, vieille dame pleine d’élégance au passage de laquelle chacun sur l’eau se retourne. Mais une vieille dame que chaque marin regarde en connaisseur comme si elle était une jeune fille aux atours affriolants, fleur de beauté dont on aimerait prendre la barre, sentir le bois de la coque vivre sur la vague, chaque poulie grinçante réciter une poésie douce à l’oreille. Mais la vieille dame poursuit sa route de grande dame, digne dans son élégance, sûre de son chemin, fière de l’effet qu’elle ne sait que trop bien avoir provoqué chez ses admirateurs. Mes pinceaux se sont violemment imprégnés de son souvenir pour la faire revivre demain dans l’atelier.

 

©Axel Pivet - 2022


Ainsi va Bréhat, la tête se tourne et le regard est capté par l’autre spectacle tout aussi infini en cette fin d’été, le concert philharmonique des fleurs sous la baguette du maestro Soleil. Ce n’est plus un rêve d’un enfant dissimulé dans un adulte, Bréhat prend bien des airs d’exotisme à portée de main du littoral breton. Les pinceaux peuvent bien chercher dans la palette toutes les nuances offertes aux yeux, la déclinaison semble elle aussi infinie. C’est un poème en vers, un alexandrin en verts dont jaillissents des pépites de garance, des explosions de gomme gutte, des saveurs d’alizarine, des chatoiements d’indanthrène, des dialogues savoureux entre cobalt et turquoise. Les pages du carnet en frémissent de bonheur, se gondolent sous ces étalages à n’en plus finir des agapanthes, passiflores, hortensias, géranium (de Madère, excusez du peu !) mistral, eucalyptus. Ma grand-mère s’est toujours moquée de mon incapacité à connaitre les noms des fleurs, ici je suis un béotien qui ne sait plus ni lire ni écrire  tant il m’est impossible le mettre un nom sur tout ce que je vois. Ainsi va Bréhat.

 

Comme sur chaque île, la réalité du marcheur est de tourner en rond mais l’illusion fait le reste, le sentier fait sensation qui dans un sens raconte une histoire et dans l’autre une nouvelle. On pourrait s’y perdre en s’en donnant la peine.

 

Ainsi va Bréhat, qu’il faut restituer à sa quiétude quand la marée des visiteurs reflue vers la terre. Un regard en arrière, le sillage de la navette se referme sur le rêve éveillé qui reste ancré là-bas. Heureusement mon rêve est précieusement conservé dans les pages de mon carnet, rangé dans la soute à voiles de ma mémoire, prêt à hisser pavillon haut quand le vent des souvenirs fera claquer les pavillons dans les haubans.

Retour à terre en attendant…


©Axel Pivet - 2022




mardi 5 janvier 2021

Carnet de voyage à Prague


Voici plusieurs années que nous profitons d'un week-end pendant les vacances de février pour aller visiter une capitale en Europe. Les carnets que j'en rapporte sont visibles sur les autres pages de ce blog.
Tout commence bien sur autour d'une carte pour choisir où aller, dans la limite de l'accessible le temps d'un week-end prolongé. Et cette année, Prague en emporté les suffrages.


Tout commence par un matin pas encore blême, au milieu des voyageurs un peu hagards de s'être levés si tôt, qui rôdent tous autour d'une tasse de café pour y chercher le réconfort d'un peu de chaleur avant de se laisser aller à dormir encore dans l'avion. Tout voyage commence par un petit pas...




































jeudi 28 novembre 2019

Comme une madeleine de Proust

L'eau scintille sous un soleil d'octobre qui joue les prolongations de l'été, me replaçant ainsi en situation. Les pins sont là que la chaleur aide à vibrer, leur résine émet une odeur suave. Le sentier est sorti d'entre des immeubles anciens et rejoint la mer, du haut d'une petite falaise.
Soudain après un contournement la vue se dévoile et ce voile se déchire sur la mémoire subitement rafraichie.

Toulon - plage de la Mitre ©Axel Pivet

Ma madeleine ce jour-là est un rocher en forme de mitre d'évêque, une madeleine trempée dans le bleu de la Méditerranée. Des cris d'enfants ressortent instantanément parmi lesquels ceux de l'enfant que j'étais, qui a appris ici même à nager. Au pied de l'escalier toujours escarpé il n'y a plus le matelot d'accueil, qui pointait que les familles descendant ici étaient bien inscrites sur sa liste. Chacun ensuite se posait sur le sable à "son" emplacement et personne n'aurait songé un instant s'installer ailleurs. Le respect de la hiérarchie dans la Marine nationale, alors propriétaire du site, s'impose même en vacances.


Nous sommes à Toulon, où je ne suis pas revenu depuis 24 ans. Aujourd'hui j'ai voulu montrer à mes filles cette plage où enfants nous allions en famille, aujourd'hui rendue accessible au grand public. Des souvenirs remontent à la surface pour leur raconter leur papa leur âge. L'émotion se partage, celle des souvenirs n'est pas forcément communicative.


Toulon, sur le port. ©Axel Pivet

Toulon, centre-ville. Des noms me reviennent, des images aussi. Le port n'a pas changé, son grand quai d'où l'on aperçoit les navires de la Marine, la plaisance, au loin la zone d'où nous allions assister au feu d'artifice du 14 juillet. Au milieu du quai, la statue dite de "Cuverville" montre toujours ses fesses aux rues en pointant la mer du doigt.

Notre-Dame de Pépiole à Six-Fours les Plages ©Axel Pivet

Poursuivant le pèlerinage, la route serpente un peu dans des rues d'une zone artisanale. Je recherche cette vieille chapelle qui dans mon souvenir était perdue en pleine nature. Devant la complexité du trajet, j'en suis à me demander comment, dans les années 90, on pouvait y arriver alors que les GPS n'existaient pas...
Après quelques maisons, quelques champs, un rideau d'arbres masque subitement la ville et nous faisons un saut hors du temps. Nous quittons notre siècle pour atterrir au VIème siècle face à la Pépiole, petit nom pour désigner Notre-Dame de Pépiole, probablement l'édifice religieux le plus ancien de France qui soit encore debout. Fortement remanié aux cours des siècles, restaurée avec foi et courage dans les années 60 par un moine solitaire qui a su attirer autours de lui une communauté de fidèles dévoués. 


Notre-Dame de Pépiole à Six-Fours les Plages ©Axel Pivet
En juillet nous allions là à la messe. J'entends encore les chants que quelques religieuses animaient dans cette chapelle romane à l'espace intérieur si restreint. Il est vrai que les murs ont une telle épaisseur que dedans on se croirait dans le creux d'une main, cocon idéal pour se recueillir.


Golfe de Saint Tropez ©Axel Pivet
Plus à l'Est, Saint Tropez est une étape familiale sans rapport avec mes souvenirs personnels mais en lien direct avec l'iconographie partagée avec nos enfants : "douyou-douyou Saint Tropez" pourrons-nous chanter en essayant de retrouver une certaine gendarmerie et en déambulant dans les vieilles rues, inondées d'une foule aimantée par la grande braderie commerciale. 

Saint Tropez, les plages ©Axel Pivet

Le plaisir de traquer le passé dépasse les générations. Il y a 95 ans, mon arrière-grand mère, aquarelliste de grand talent, est venue à Léoube pour y peindre depuis le balcon d'une propriété face à la mer. Autrefois nous allions à Léoube, véritable luxe car son accès était payant.
Aujourd'hui Léoube a été repris en main et le domaine n'est plus accessible, sauf par une plage (toujours payante) plus à l'ouest.
Le sentier du littoral nous guide vers l'anse qu'une vendeuse du domaine nous a obligeamment indiquée. Elle n'en est pas sûre mais pour elle l'îlotier sur l'aquarelle dont je lui montre la photo doit correspondre.
Et me voici, 95 ans plus tard, assis juste en dessous de l'endroit même où mon aïlleule a posé sa palette. Mon travail ne saurait se comparer au sien tellement plus abouti mais qu'importe ; je suis là, face au même paysage, poursuivant au travers du temps cette pratique dans laquelle elle m'a sans doute inspiré, même si je ne l'ai jamais connue de son vivant.

Anse de Léoube ©Axel Pivet
Quand le terrain de l'émotion des souvenirs est défriché, il est possible de parcourir les lieux avec un oeil neuf, pour s'émerveiller simplement d'un paysage scintillant sous la lumière du sud. Ici les couleurs dansent dans le vent qui fait chanter les feuilles et briller les vagues.

Cap Nègre ©Axel Pivet

Cap Nègre ©Axel Pivet
La mer se joue des criques et chaque détour du chemin offre une nouvelle vision. A croire que l'oeil ici ne peut pas prendre de repos tant il a à découvrir !
La côte provençale est un coffret de surprises que l'on goûte  avec délice, étonnement renouvelé pour qui ne connait pas la région.

Cap Nègre ©Axel Pivet
Mais dans les terres aussi la Provence joue une partition d'harmonie dans les sons comme les couleurs. Sous les frondaisons des arbres, ce ne sont que bruissements délicats plongeant le promeneur dans une ambiance d'ailleurs. Des flux de parfums s'agitent pour combler tous les sens et compléter la fête.

Collobrières ©Axel Pivet
Le Lavandou, plage de Cavalière ©Axel Pivet

Déjà le soir tombe, des couleurs douceur pastel envahissent le ciel. Le crépuscule nous englobe et la nostalgie vient me prendre dans ses bras. Le temps d'observer le flamboyant combat du soleil et de la mer, du jour et des ténèbres, qu'il faut maintenant rentrer et préparer les valises. Le thé des souvenirs était bien bon à boire, la madeleine de Proust bien savoureuse.

Le Lavandou, plage de Cavalière ©Axel Pivet

mardi 7 mai 2019

Lisbonne

C’est désormais une habitude à Pâques de partir quelques jours à l'étranger en famille ; il y a déjà eu Venise, Amsterdam, New York pour les plus emblématiques, voici le tour de Lisbonne.

L’avènement du numérique facilite la prise de photos en grand nombre, que plus personne ne regardera ensuite l’ordinateur pas plus qu’une tablette n’étant un support confortable pour cela. Les albums de photos étaient certes fastidieux à faire mais au moins y revenait-on régulièrement.
Le carnet de voyage a le mérite d’être réalisé sur place et d’inviter à le parcourir à l’envie par la suite. 
Celui-ci ne représente pas tout Lisbonne, il ne montre même pas tout ce que l’on a vu, mais il recueille tout ce que j’ai pu en peindre et en rapporter comme petits souvenirs.

©Axel Pivet - Lisbonne - Aquarelle
On pourrait développer un article en racontant le séjour mais ce carnet a aussi été rédigé au fil de l'eau, en marge des croquis, petits commentaires ou émotions immédiates, autant laisser ces page s'exprimer par elles-mêmes.
Bonne lecture et... bon voyage !

©Axel Pivet - carte du trajet - Aquarelle

©Axel Pivet - Aéroport de Nantes - Aquarelle

©Axel Pivet - Aéroport de Nantes - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - Aquarelle


©Axel Pivet - Lisbonne Pont du 25 avril - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - Tour de Belém - Aquarelle


©Axel Pivet - Lisbonne - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne- Pastel de Natal - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne -  Sao Paulo - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - train - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - bord de mer - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - bord de mer - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - bord de mer - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - bord de mer - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - bord de mer - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - Château Sao Jorge - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - Place du Commerce - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne aéroport - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne aéroport - Aquarelle

©Axel Pivet - en vol - Aquarelle

©Axel Pivet - Lisbonne - Aquarelle

©Axel Pivet - carte postale réalisée en aquarelle pour le personnel du cabinet