dimanche 8 avril 2018

Croquis de marine


D'ordinaire il n'y a dans mes carnets que des croquis réalisés sur le vif, mais entre deux sorties quand l'envie de dessiner se fait forte, quand le besoin de s'exercer chatouille mes doigts, je travaille aussi sur un carnet d'exercice d'après mémoire ou d'après photo.


Grâce à la classification des articles de ce blog, on peut voir que les publications sur le thème de la mer ou sur l'environnement marin sont les plus nombreuses, signe évident d'un attachement fort de a part.


Mais un marin ne va pas en mer pour la mer, plus souvent par amour de tout ce qui permet d'aller en mer, que le bateau soit une simple barcasse ou un formidable navire.
Il n'est pas de marin qui ne puisse rester hypnotisé face à l'étrave d'un cargo, face à la ligne d'une frégate, face à la grâce d'un voilier.




Alors naturellement dans mes carnets naviguent des croquis de bateaux et parce que j'ai déjà fait beaucoup de voiliers à commencer par le mien, ce sont des unités de la Marine nationale que l'on retrouve en ce moment. Oh par forcément des navires les plus récents, un attachement à la Marine telle qu'elle existait dans ma jeunesse, celle qui tapissait les murs de ma chambre, celle qui remplissait les ouvrages de ma bibliothèque, me motivant au contraire à dessiner des bateaux qui pour certains sont désarmés, certains sont même déconstruits (on ne démolit pas un navire, on le déconstruit, c'est plus élégant).

La Marine d'hier a finalement son charme tout comme celle d'avant hier, à la voile et dans la fureur de la poudre et du fracas des canons, qui orne les murs des bureaux d'état-major ou des musées.
Alors je la croque, je m'entraine à retrouver ces lignes que la recherche de furtivité a renvoyé aux placards de l'histoire. Finis les bastingages auxquels s'appuyer en rêvant le regard plongé dans l'horizon sans obstacle ; finis ces ponts sur lesquels déambuler pour passer d'un bout à l'autre du navire sans passer par les coursives. Désormais tout est dissimulé, les hublots sont condamnés, les sabords, occultables, réservés aux aussières ; le dernier endroit d'où voir la mer est la passerelle mais encore faut-il y être habilité.


Dans mes croquis ces anciens bateaux reprennent vie, avec eux le temps révolu où embarquer permettait de voyager, de voir la mer.
Il reste bien des unités qui ressemblent encore à celles qui voguaient il y a peu et qui ont aussi du charme et j'aime par là m'intéresser à ce qui n'est pas en vogue, sous le feu de l'attention collective, tous ces bateaux qui n'attirent pas au premier regard.



Pas assez scientifique pour entrer dans la Marine, c'est par mes dessins que j'arrive aujourd'hui à prendre la mer à bord de ces bateaux qui de tous temps m'ont fasciné.


dimanche 25 mars 2018

Séminaire Marine à l'Ecole de Guerre (Paris)


11 millions de km2. Le territoire maritime de la France est le 2ème par sa taille après celui des Etats-Unis. Mais si l'espace maritime attaché à la métropole n'est pas si important, la zone globale doit sa taille à des territoires parfois connus comme les Antilles ou la Polynésie, souvent ignorés comme Clipperton ou Tromelin.
Car c'est là le drame de la mer française, d'être méconnue dans ses capacités et ses enjeux.

Tous les ans l'Ecole de Guerre qui à Paris forme les officiers supérieurs organise un séminaire dédié aux seuls officiers de Marine consacrés aux enjeux de l'économie maritime, formation qui grâce au Centre d'Etudes Stratégiques de la Marine (CESM) est ouverte aux auditeurs externes sur sélection.

Voici le carnet de cette semaine, d'abord simples notes que des croquis sont naturellement venus compléter.


Toutes les notes ne sont pas accessibles du fait de leur contenu et pour certains lecteurs pourraient manquer d'intérêt, arrêtons-nous donc sur quelques gros plans, souvenirs visuels pris à la volée.


Visite au Havre ! Telle une classe de collégiens ravis de quitter l'école pour aller prendre l'air, même si le thème de la journée reste sérieux, voici les stagiaires Marine de la 25ème Promotion de l'Ecole de Guerre accompagnés d'une trentaine d'auditeurs débarquant au Havre pour aller visiter le matin l'Ecole de la Marine Marchande, héritière des "hydro" de l'ancien temps puis l'après-midi les installations du Grand Port Maritime, le "HA" de HAROPA (le Havre - Rouen - Paris).
Présentation des enjeux de la Zone Marine d'abord puis du Port en lui-même, son organisation, son développement maintenant qu'il s'agit d'une entreprise.


Une école de marine marchande conçue comme un navire, avec des escaliers correspondant aux hauteurs dans les bâtiments à la mer, des simulateurs passerelle (comme un jeu vidéo grandeur nature) ou machine séparés des mêmes hauteurs qu'à bord afin de mettre les élèves en immersion dans leur futur environnement.

Gigantisme d'un des terminaux conteneurs, des caisses à perte de vue qui forme un parterre polychrome que parcourent inlassablement des "cavaliers" d'un point de dépôt jusqu'aux grues qui comme des girafes de fer assurent le transit jusqu'à bord. Un jeu de lego pour adultes savamment réfléchi.


Retour à l'école d'une promotion désormais plus soudée pour écouter des acteurs passionnants nous parler des enjeux des énergies marines renouvelables, des possibilités pour une pêche durable qui permet le renouvellement des ressources. Oui le thon rouge est revenu en Méditerranée et non ne pas manger de bar en hiver ne contribue pas à préserver l'espèce.











Au fil des jours du séminaire les pages du carnet prennent des allures de galerie de portraits, certains ressemblants d'autre moins. Après tout je n'ai jamais été portraitiste ! Mais désormais quand je feuillette ces notes, chaque thème ainsi illustré me revient en mémoire avec ses personnages parfois truculents, ses débats en tables rondes nourris, enrichissants.

Les quelques officiers que l'on aperçoit, souvent stagiaires chargés de l'animation d'une table ronde, me rappellent les échanges passionnants avec tous, à parler de leurs carrières respectives, de leur vision du rôle de la Marine au XXIème siècle quand il faut faire avec les contraintes budgétaires.




Je retiendrai ces discussions avec ces femmes et ces hommes dont le quotidien professionnel est d'analyser des situations, peser les risques auxquels ils sont confrontés et décider en bonne connaissance de cause.
Le parallèle avec mon métier d'avocat est évident sauf qu'au bout de leurs décisions ce sont des vies humaines là où pour moi ce sont des finances, mais quel enrichissement de les écouter !






Le carnet utilisé n'a pas un format de papier dédié au dessin ; c'est un carnet de notes, qui plus est ligné, d'un papier assez fin. Désormais avec le poids de l'eau qu'apporte l'aquarelle, le papier crisse quand on tourne les pages, tel un vieux grimoire !






Une semaine passionnante en fin de compte, aux côtés d'une promo Marine joyeuse, à écouter des intervenants que je n'aurais sans doute jamais entendus autrement, à rencontrer des auditeurs externes devenus des amis.