lundi 11 mai 2020

Ré-ouverture de la boutique du Croque-Maître

©Axel Pivet - 2020

Bonjour à tous,

Avec la fin du confinement en France, je suis heureux de pouvoir à nouveau activer la boutique du Croque-Maître sur Etsy.
Pendant ces 55 jours il n'était pas possible de se fournir utilement en emballages d'expédition, sans savoir non plus si la Poste, notre transporteur habituel, serait en mesure d'assurer les livraisons.
Maintenant que l'activité économique reprend et qu'il est de nouveau possible d'acheter les emballages, la boutique reprend également.

©Axel Pivet- 2020 

Chaque oeuvre est envoyée soit à plat, soit roulée, selon sa taille. L'essentiel est qu'elle soit protégée notamment contre le risque d'une pliure accidentelle dans le transport.

La Poste fonctionne convenable mais des délais plus longs que d'ordinaires peuvent être imposés sans que je n'ai le moindre contrôle, une fois l'oeuvre déposée au bureau d'expédition.
Il arrive aussi que le numéro de suivi du colis ne soit pas activé correctement ou scanné lors des étapes de transport.

Merci pour vos visites !


©Axel Pivet - 2020


mardi 21 avril 2020

Le Titanic reprend la mer !

©Axel Pivet - Le Titanic
Aquarelle sur carte marine - 2020

Le Titanic. Ce nom résonne dans l’imaginaire de chacun soit pour le drame humain de son naufrage, soit pour la part de rêve évanoui qu’à jamais il continue de véhiculer. Parce qu’il devait être le plus grand et le plus beau et que son ambition s’est vue brisée, renvoyée à l’humilité de la façon la plus brutale qui soit, se faisant rappeler à la réalité de ce qu’il était vraiment, non pas ce titan des mers mais un tas de tôles, fétu de paille face à la grandeur réelle de l’océan.

Peut-être aussi parce que la chute du titan n’a plus de témoin vivant et que ceux qui en leur temps ont tenté de raconter cette nuit fatale ne l’ont fait que sous le coup de l’émotion, sans pouvoir être précis ni exhaustifs, laissant planer une part de mystère sur les circonstances exactes et détaillées du naufrage.

Sans doute encore parce que l’épave ne pouvant pas être aperçue d’un seul coup d’œil, sauf le recours à l’image reconstituée par ordinateur, excite l’imaginaire par ce qu’elle dissimule dans ses entrailles ou dans la gangue de vase dans laquelle elle s’est fichée profondément au terme de sa chute de 4 kilomètres de haut. 

Il suffit de voir combien de scientifiques, archéologues, passionnés, continuent de mener des recherches pour tenter d’expliquer les raisons précises ou techniques du naufrage. Au point de publier des thèses souvent contradictoires les unes par rapport aux autres.
Il suffit de voir combien d’amateurs de théories complotistes publient d’articles ou vidéos sur leur vérité, toujours dissimulée, toujours cachée mais qui grâce à eux va enfin être révélée au grand jour. 

Le Titanic agite les esprits encore 108 ans après sa disparition en Atlantique nord. Je n’échappe pas à ce mouvement et j’avoue ma grande excitation quand un 14 avril, à haute altitude dans un Airbus vers New York nous sommes passés à la verticale du lieu du naufrage, précisément le jour anniversaire.

©Axel Pivet - 2020

Alors prenons une carte marine, une chute d’une carte imprimée en 1923, une carte d’une mer où le Titanic n’est jamais entrée s’agissant de la baie de Douarnenez mais qu’importe. La documentation d’époque est fournie, reste à trouver un angle de vue loin du mélodramatique habituel du navire vu de l’arrière comme partant vers son destin. Dans le genre, notons les représentations au crépuscule, soleil couchant pour rappeler que le bateau ne le verra jamais plus. Sortez les mouchoirs, émotions garantie.


Comme souvent, je trouve qu’un navire est mieux rendu vu depuis le niveau de l’eau ou celui d’un quai. Le Titanic a frappé les esprits de l’époque par sa taille, alors que comparé aux ferries d’aujourd’hui il parait n’être qu’une annexe. Une vue de trois quarts face met l’accent sur l’étrave, droite, noire, fière, haute comme un immeuble, bien plus que sur sa longueur.


La difficulté du travail aura été pour la couleur car il n’existe naturellement aucune photo couleur de l’époque, à part les affiches éditées par la White Star Line en vue des traversées futures. Heureusement il existe la maquette de l’exposition tournante, vue à Paris il y a quelques années.


Ainsi petit à petit, du crayon puis du pinceau, d’abord une silhouette puis un navire surgit de la carte, reprend la mer, cap à l’ouest. Puisque la traversée n’atteindra jamais New York, puisque l’épave reste figée pour l’éternité dans l’obscurité, alors le Titanic à jamais verra son étrave aquarellée fendre l’océan de peinture.
Le pavillon de la White Star Line flotte au vent, claque au mât. Bon vent, bonne mer !

©Axel Pivet - 2020

©Axel Pivet - Le Titanic
Aquarelle sur carte marine - 2020

©DR. Probablement l’iceberg fatal, photographié le lendemain du naufrage.

©DR




jeudi 16 avril 2020

Le Charles de Gaulle, puissance et majesté

©Axel Pivet

Le porte-avions Charles de Gaulle est venu en Atlantique au printemps 2020 et à l'occasion de sa sortie de la rade de Brest le photographe maritime Ewan Lebourdais a eu la chance incroyable de le photographier juste de face, depuis le niveau de l'eau.
C'est en effet la marque de fabrique de ce photographe particulièrement talentueux que de choisir des angles de vue depuis la surface, presque immergé, donnant des visions dynamiques impressionnantes.
Mais le Charles de Gaulle est une autre affaire. Ses sorties sont strictement encadrées afin d'éviter non seulement des attaques extérieures, mais aussi prévenir tout risque d'accident. Le rigolo qui se veut trop curieux pourrait ne pas résister à une telle masse de puissance évoluant à 15 noeuds quand il sort. Ewan Lebourdais a eu ce privilège de pouvoir lui tourner autour et le temps nécessaire pour capturer cette vue pleine de puissance et de majesté.
Ses photos sont visibles sur son site ou sa page Facebook et je vous incite à une visite.


La photo d'origine met en avant l'horizontalité du navire, la largeur impressionnante du pont d'envol. Ma carte au contraire favorise la verticalité ce qui nécessite de relever l'angle de vue et de développer  la mature du porte-avions.
La carte utilisée est issue du lot sur les courants en Atlantique heure par heure par référence à la marée de Brest, daté de 1903.

Ce format accentue la masse élancée du Charles de Gaulle, majestueuse pour nous terriens. Les navires sont le plus souvent représentés en vues aériennes alors que le meilleur point de vue est celui depuis l'eau, depuis le pont d'un autre bateau.
Pourquoi le meilleur ? Opinion toute subjective s’il en est, probablement par déformation personnelle  liée à l’habitude de vision depuis mon propre bateau dont le franc bord n’est guère élevé. Mais ainsi le rapport de force entre cette masse de puissance que représente ici un porte-avions mais aussi un cargo et le simple spectateur est d’autant plus marqué. On ne peut jamais être blasé ni dépourvu d’émotion en croisant un navire sous cet angle de vue.
Or un navire est toujours un vecteur d’émotion : ce sont tous des œuvres techniques admirables, il est toujours plus facile de faire couler une brique que de la faire flotter, ils ont le plus souvent des lignes élégantes même si le poète se sent dépourvu d’idée face à un roulier, ils évoquent enfin l’aventure, le voyage, l’au-delà de la vision.

Et le porte-avions est d’autant plus symbole de rêves qu’il synthétise une capacité de projection tridimensionnelle, au loin, en mer et dans les airs. Et de face il est un navire certes impressionnant mais sans l’allure agressive des anciens croiseurs aux canons braqués. Le rêve devient possible.










lundi 13 avril 2020

Cargo par mauvaise mer

©Axel Pivet - 2020
Aquarelle de 43 par 32 cm réalisée sur une chute de carte marine imprimée en 1930 représentant la sortie de la Tamise.
Couleurs extra-fines de Sennelier, rehauts d'aquarelle crémeuse blanc pour les vagues.

Guépards du Golfe

@Axel Pivet
Les Guépards forment une série de voiliers développée par Eugène Riguidel sur la base d’un plan traditionnel pour la région, la plate semi-pontée.
Eugène Riguidel était un skipper connu du grand public dans les années 70 et début 80, notamment pour avoir battu Eric Tabarly sur le fil d’une course transocéanique.

La série est particulièrement active avec une association de propriétaires dynamique, qui assure l’organisation de régates et rencontres régulières.
Tous ces voiliers ont pour particularité d’avoir au moins leur foc (voile d’avant) coloré, ce qui permet de les repérer de loin.
L’autre détail qui les distingue est le gréement houari, dans lequel la grand voile reste gréée en partie haute sur une vergue mais dont l’angle est très apiqué. Cela permettait d’avoir une plan de surface de toile tout en conservant un mât court.

Cette aquarelle a été réalisée à partir d’une photo parue dans un article de Ouest France, néanmoins les couleurs des voiles n’ont pas été respectées pour des questions d’harmonie chromatique.

jeudi 9 avril 2020

Lueurs après l'orage

©Axel Pivet
En Bretagne, les orages sont intenses, brutaux. Le ciel s'assombrit et même en été une ambiance froide vous saisit.
Mais au sortir de la crise, le ciel restant lourd et d'ardoise, le soleil se fraie un passage et joue comme un projecteur sur le blanc des maisons. Ce contraste des couleurs est enchanteur, éblouissant, promesse d'un autre jour au sein d'une même journée.

Dans l'aquarelle tout repose sur la lumière et sur les contrastes, bien plus que dans d'autres formes de peintures et ce en raison de la transparence des pigments. Un tel sujet convient donc particulièrement tout en étant un défi. Il faut trouver le juste équilibre des teintes, ce que la photo va très mal rendre, et bien marquer les contrastes, sans retenir le geste.

Pour le ciel, la difficulté est d'obtenir un rendu assez sombre et fluide, alors même que les pigments sont transparents. J'ai beau utiliser de la qualité extra-fine, donc avec des pigments plus intenses, le blanc du papier ressort quand même. Je vais donc tenter un glacis pour assombrir le lavis initial, mais quelques gouttes sont venues perturber le rendu, faute pour moi d'avoir correctement à nouveau mouillé le papier. Peu importe, quelques nuages viendront masquer ces auréoles !

Ce travail est destiné à faire un marque page ; ses dimensions sont donc très verticales. Le rendu photo n'est pas assez fidèle à l'original malheureusement.

©Axel Pivet

lundi 6 avril 2020

Beluga sur carte marine

©Axel Pivet - Voilier Béluga
Aquarelle sur carte marine imprimée en 1903
Conçu en 1943 par le célèbre architecte naval Eugène Cornu, le Béluga est l'ancêtre de la plaisance moderne, mais un ancêtre bien portant puisqu'avec plus de 1.000 unités construites, il continue vaillamment à naviguer.
Il représente une porte sur la liberté, ouverte dans l'immédiat après-guerre, grâce à ses qualités étonnantes pour l'époque avec des lignes qui tranchaient sur les voiliers classiques, plus lourds et à fort tirant d'eau.
Le Béluga est le premier voilier habitable dériveur intégral et transportable. L'association des propriétaires anime rencontres et régates et c'est sur son site qu'une photo a attiré mon attention.

Tout démarre d'une carte vierge, de dimensions modérées : 53 cm de haut sur 37 de large, qu'il faut maintenir plaquée sur une planche de travail car elle est conservée enroulée.
La carte date de 1903, elle est issue d'un lot de douze, pour les 12 heures de marée, représentant les courants en Atlantique en fonction de la marée de référence à Brest.
Un premier travail consiste à poncer légèrement la partie imprimée, en raison du vernis associé à l'encre couvrant la partie terrestre de la carte. D'expérience en effet, ce vernis repousse la peinture et à part la gouache rien n'accroche.
Un ponçage léger enlève cette pellicule et autorise ainsi un travail à l'aquarelle.

La base du tableau repose sur un dessin solide, représentant le voilier vu de face, dans une posture dynamique car il arrive au portant, dans une rotation vers le spectateur comme attaquer un surf sur une vague.
Ces voiliers en effet ont une carène planante qui leur permet de jouer à la surface des vagues ; on lofe (remonter dans le lit du vent) pour prendre de la vitesse quand la vague soulève l'étambot (arrière du voilier), puis on abat pour se mettre dans l'axe de la vague quand elle emporte le bateau.
Un vrai jeu qui apporte beaucoup de plaisir.

Quand les premières couleurs arrivent, il faut savoir prendre du recul pour apprécier l'ensemble, surtout avant de poser les lavis de la mer puis du ciel.
Les voiles sont peintes à la gouache blanche, car le fond de la carte est trop grisâtre pour bien les faire ressortir en contraste sur le fond du tableau. L'aquarelle est en effet une peinture qui repose entièrement sur les jeux de lumière et de contrastes entre les couleurs.

Travailler sur une vieille carte apporte des contraintes liées au papier, qui non seulement n'est pas blanc, ce qui influe sur la teinte après séchage du fait de la transparence des pigments, mais n'est pas fait pour réagir à l'eau comme un papier d'aquarelle classique. Les fusions de couleurs et les lavis ne fonctionnent pas comme à l'ordinaire.
Je vais quand même mouiller le papier pour poser le lavis de la mer, sur lequel ensuite je viendrai, par petites touches, créer le mouvement des vagues et les jeux d'ombres.
Le voilier est entouré de vagues déferlantes, car dans un surf le bateau pousse l'eau de toutes parts.

Quand le travail est fini, la carte se fait plus discrète même si son fond interagit avec le ciel pour créer une ambiance couverte du côté ombré. Il faut en effet réfléchir en amont au sens de la couleur pour tenir compte précisément de l'effet que produira la carte en sous face.
Bon vent à ce Béluga !


jeudi 2 avril 2020

Souvenirs du Corsaire

©Axel Pivet - Corsaire en mer
Aquarelle sur carte marine de 1930

Le Corsaire est une série de voiliers conçue en 1953 par Jean-Jacques Herbulot, l’un des pères de la plaisance moderne de l’immédiat après guerre.
Fabriqué en contreplaqué, grande nouveauté pour l’époque, de 5,50 mètres, c’était le voilier habitable accessible à tous grâce à un prix modéré, grace aussi à ses dimensions qui permettaient de le mettre à l’eau facilement, de mouiller au fond d’une baie sans crainte de l’échouage.
Comme la 2 CV à laquelle il est souvent comparé, le Corsaire a été synonyme de liberté retrouvée.

Popularisé par l’école de voile des Glénans dans le Finistère, célèbre pépinière à la fois de joyeux baba cools et de marins bientôt renommés, le Corsaire a conquis son public par d’extraordinaires qualités marines.

©Axel Pivet - Cosmao au chantier
Aquarelle sur cahier - 1993 

Il ne s’agit pourtant pas ici de refaire un article d’histoire de ce voilier, mais de parler d’histoires avec ce voilier.
En 1992, j’ai récupéré sur un quai de Solidor à Saint Malo une épave qui devait partir à la casse, un Corsaire de 1965, dont toutes les oeuvres mortes (traduction : toutes les parties de la coque qui ne sont pas dans l’eau) étant pourries et devant être refaites.
En 1993, après un an de chantier au fond d’un jardin, voilà ce gaillard de presque 30 ans qui retrouve l’eau, refait à neuf (enfin, aussi neuf que mes compétences de charpentier de marine le permettaient, c’est-à-dire pas grand chose). A son bord, j’ai pu vivre des heures intenses de belles navigation, d’angoisses, d’énervement, d’avaries. Je lui ai crié dessus, ce pauvre tas de bois et de toile, mais j’ai crié vers le ciel aussi, de joie cette fois.

Je garde le souvenir de ces heures dans la rade de Brest où je me rendais avec mes cours de droit protégés dans des pochettes en plastique pour réviser mes examens de licence (où je me suis présenté bronzé comme un vacancier, mais que j’ai eus noblement). Ces jours à courir sus les autres voiliers comme dans une régate, ces heures en solitaire où le monde m’appartenait.
Ces heures d’inquiétude quand la brume tombait sur Brest et me surprenait en mer, à ne plus voir l’étrave du bateau et à perdre le sens de l’orientation. Le compas n’y fait rien, on pense aller dans une direction alors qu’on fait route contraire ; il faut piquer au nord chercher la terre, la digue de l’arsenal que l’on suivra jusqu’à en trouver l’ouverture, c’est-à-dire l’entrée du port.

Ces heures de pétole quand pas un souffle d’air ne vient rider la surface de la mer, laissant au soleil de Bretagne le soin de vous coller une migraine malgré un foulard sur la tête. Foulard qui répondait au curieux nom de « zob corsaire » alors qu’un ami avait simplement parlé d’un « bob » mais une oreille un peu bouchée ou l’esprit totalement mal tourné en avait décidé autrement.

Ces heures de tabac quand le vent se déchaine au-delà des capacités du marin, on ne parle pas de tempête bien sur mais d’un coup de vent que chacun étale jusqu’à un certain stade selon ses compétences ou appétences. Mais changer une voile à l’avant d’un corsaire, sans filet de sécurité, quand on est seul à bord, que le bateau est secoué dans tous les sens, trempé par les vagues qui chacune rêvent de vous emporter, c’est bien une tâche dont le souvenir me glace encore, mon ventre se serrant rien que d’y penser. 


La lueur d’un orage au loin en mer, le pastel d’une aurore au large de l’île de Bréhat, le noir de jais de la nuit à l’approche de Saint Malo, sont autant de couleurs qui s’associent à ces heures de navigation à bord de mon Corsaire.
Le chuintement de l’eau à l’étrave, les coups sourds résonnant dans toute la coque dans la danse sur des vagues élevées, le claquement des voiles qui ballotent en absence de vent, autant de bruits fluides ou brutaux qui accompagnent ces couleurs. Spectacle en sons et lumières offert au navigateur.



On rêve en mer, on rêve à terre. J’en ai passé du temps, assis sur un ponton à regarder ce bateau, mon bateau, à l’admirer - sans doute à admirer mon propre travail de restauration -, à lui parler. Pour un marin son bateau est un être vivant à qui l’on parle, que l’on écoute. Comme un amoureux qui se contente d’admirer sa belle, sans avoir besoin de parler, le marin regarde son bateau, symbole de sa liberté en mer.


Comme en amour on se déchire aussi. Quand le bateau ne parvient plus à faire face au vent trop fort pour lui, que chaque virement de bord devient un combat, que des vagues traîtresses viennent le rouler jusqu’à lui coller le mât dans l’eau en cherchant à emporter le marin avec, la fatigue, l’énervement, laissent sortir des mots durs, des insultes. C’est le bateau qui est fautif car à lui on peut parler alors qu’au vent...
Jusqu’au jour où d’avoir trop crié, de s’être trop épuisé à son bord, d’avoir cru disparaître aussi aux pieds de la chapelle de Notre-Dame des Flots où j’irai en pèlerinage de remerciement après, on met le sac à terre, on franchit les écluses une dernière fois jusqu’aux pieds d’une grue de levage près de laquelle le mandat de vente est signé. Ne pas se retourner, prendre son sac et partir, presque honteux, presque en colère. Je ne le reverrai plus jusqu’au jour où, quelques années plus tard, passant sur un chantier naval de Saint Malo, je l’ai reconnu. Impossible de se tromper, j’avais formé son tableau arrière d’une courbe bien particulière ! Mais quelle horreur, il avait dû talonner ou être jeté à la côte pour être aussi abîmé, des planches béantes. Il ressemblait à ces blessés qui arrivent aux urgences d’un hôpital. Pour ne pas pleurer je suis parti à nouveau, sans me retourner. Qu’est-il ensuite advenu du Corsaire n° 302 ? Je préfère ne pas chercher à savoir, continuer à l’imaginer navigant de plus belle, allongeant son sillage un peu plus, chatouillant le lever du soleil, avalant les milles en profitant du spectacle de la Bretagne séculaire.
Il m’en reste le journal de bord que je rédigeais à l’époque, le cahier rempli des photos depuis son chantier jusqu’à sa dernière navigation. Quelques aquarelles maladroites de l’époque et ces rêves encore vivants.
C’est ça la liberté, un sentiment qui survit à tout même au temps.




mardi 10 mars 2020

Études et paysages


©Axel Pivet
Que ce soit sur le motif ou en atelier, les études sont des pochades qui entretiennent le geste de l’aquarelliste. Œuvre aboutie ou simple jet sur le papier, exercice pratique ou simple envie de peindre,  ce sont toujours des travaux nécessaires pour poursuivre l’étude ou l’approfondissement d’une technique. 
En voici quelques exemples récents. 

©Axel Pivet



©Axel Pivet



©Axel Pivet







lundi 2 mars 2020

Aquarelle sur carte marine

©Axel Pivet - Sous voiles - 2020 - Aquarelle sur carte marine

Dans un précédent article, je vous ai raconté la force évocatrice d'une carte marine, a fortiori lorsqu'elle est ancienne.
C'est un support magique, bien que capricieux et complexe à manier, pour y peindre un voilier ancien, lui aussi évocateur de voyages, de sorties en mer, de "belle plaisance".
Voici l'histoire d'un nouveau tableau, réalisé sur deux jours pendant un week-end, après plusieurs semaines de réflexion et de gestation. J'avais bien en tête l'ambiance globale, restait à trouver un modèle de voilier d'une part et une carte qui puisse correspondre d'autre part.



Or j'avais en stock dans un carton à dessin la moitié haute d'une carte au format portrait (le format paysage étant bien plus courant), correspondant à la baie d'Audierne, en Finistère Sud. Vous avez déjà rencontré la partie basse de cette carte, dans un précédent tableau dont la réalisation pas à pas vous a été présentée dans un précédent article du blog.

©Axel Pivet
La carte est de belles dimensions : 63 centimètres de large et 47 de haut. Je l'accroche par des pinces sur un carton à dessin de format Grand Aigle, reposant sur un chevalet de table légèrement incliné pour pouvoir faire l'esquisse, puis presque à plat pour poser les lavis.

©Axel Pivet
Pour une aquarelle de ce type, le dessin est une part essentielle du tableau : le respect des proportions et des perspectives, un rendu réaliste sans pour autant entrer trop dans les détails (à chacun son style à ce sujet !). Peindre sans croquis, ou en laissant un dessin malhabile, diminuerait l'impact final ce qui, sur une carte de cette ancienneté, serait dommage voire relèverait du gâchis.

©Axel Pivet
Passage du lavis du ciel (léger) et de la mer (plus soutenu). 
Sur ce papier, je n'utilise pas de gomme à masquer, qui pourrait marquer le support et laisser des traces contre productives : il faut donc réserver des blancs avec prudence.
Dans le premier jet du lavis, et compte tenu de ma position debout pour peindre, le trait d'horizon est fluctuant ; un second passage en mouillant le premier jus permettra de fondre l'ensemble pour rectifier et redresser l'horizon.
On voit également que le papier d'une carte marine ancienne, qui a subi pendant son usage en passerelle les micro-perforations du compas à pointe sèche, absorbe les pigments vers les trous invisibles à l'oeil nu, ce qui provoque des "taches". Il est inutile de lutter contre et bien au contraire il faut faire avec : soit cela entrera dans l'histoire de la réalisation du tableau en évoquant cette première vie "opérationnelle" à la mer, soit ces taches entreront dans le rendu global, comme ce sera le cas ici.


La couleur et le dessin sont interrompu en partie haute : c'est un choix de rendu délibéré pour laisser le voilier comme évanescent.
C'est aussi par expérience que j'ai fait ce choix : le trait de côte sur ces cartes est foncé pour marquer le relief et on voit bien combien le port d'Audierne, dans l'axe du mât, est encaissé ce qui aurait rendu illisible le haut de la peinture, par concurrence entre l'aquarelle, transparente, et le fond imprimé.

©Axel Pivet

On voit toutefois, sur ce zoom sur le voilier, que les pigments d'aquarelle extra-fines (c'est-à-dire de la qualité supérieure, dite "qualité artiste") de la maison Sennelier sont assez lumineux pour l'emporter sur l'impression de la carte, qui apparait néanmoins par transparence de la couleur.
L'équilibre est ici atteint.
Quelques rehauts de gouache blanche permettent d'ajouter de l'écume ; en principe cela aurait été fait par des réserves dans le blanc, ou par l'usage de gomme à masquer, mais sur le papier d'une vieille carte des réserves de ce type peuvent encrasser le lavis. Des repentirs par absorption ultérieure ne seraient pas non plus la solution, car le papier étant ancien a une patine grisâtre  qui rend les ouvertures ainsi pratiquées insuffisamment lumineuses. On s'en rend bien compte en comparant l'écume à la coque (pour laquelle le "blanc" du papier a été préservé), les deux teintes sont nettement différentes.

©Axel Pivet - Sous voiles - 2020

Et voici le rendu final, quelques goélands sont ajoutés discrètement dans le ciel, la signature est portée assez haut pour rester visible lors de l'encadrement.
Le tableau est maintenant proposé à la vente, sur la galerie du Croque-Maître.




vendredi 14 février 2020

Solidor en peinture

©Axel Pivet
A Saint Servan, l'un des quartiers de Saint Malo (Ile et Vilaine, Bretagne), la Tour Solidor surveille l'embouchure de la Rance depuis l'anse du même nom. Bâtie au XIVème siècle en des temps où le pouvoir était partagé et disputé, chacun surveillant l'autre surtout s'il était proche voisin tout en en profitant pour taxer le commerce fluvial passant à ses pieds.

Solidor est aussi le port historique d'Aleth, la ville romaine d'où est issue Saint Malo. On retrouve très nettement dans les rochers de l'anse des traces parallèles de sillon creusés par les roues des chariots reliant les bateaux échoués jusqu'à la ville. Un bassin à poissons est parfaitement visible et quand on observe bien le soubassement du mur qui mène jusqu'à la tour, des pierres d'une couleur ocre tranchent sur le reste de la maçonnerie : ce sont les restes du mur d'enceinte de la ville romaine, dont d'autres traces sont visibles plus haut dans la ville.

Aujourd'hui cette tour est emblématique du quartier et attire peintres et photographes du fait de sa forme complexe. Il s'agit en réalité de trois tours reliées entre elles, coiffées ultérieurement d'un toit  aux formes improbables.

©Axel Pivet


©Axel Pivet

©Axel Pivet
Il est toujours intéressant de se replonger dans ses archives, pour voir l'évolution de son travail. Voici à ce titre des croquis réalisés entre 1995 et 1998, quand j'étais étudiant, avec la Tour comme sujet de travail.

Pour commencer, une gouache réalisée à l'eau de mer, depuis le marégraphe à la pointe de l'anse Solidor ; le trait de l'environnement est assez gauche...

©Axel Pivet
 Une de mes toutes premières aquarelles, de 1995, réalisée à partir de la carte publicitaire du restaurant "la Corderie", dont la terrasse surplombe l'anse et offre une vue magnifique.

©Axel Pivet
Et enfin quelques croquis réalisés au crayon ou à l'encre de Chine sur mes feuilles d'étudiant, quand la pensée se dissipe et a besoin d'une pause dans les révisions...

©Axel Pivet

©Axel Pivet

©Axel Pivet




mercredi 8 janvier 2020

Tigrou le chat

@Axel Pivet

Tigrou n’est pas au mieux de sa forme. Âgé maintenant de presque 19 ans, il assume en âge chat l’équivalent de 94 ans et on comprend une certaine lassitude. 
L’art a ce mérite de pouvoir figer dans un geste d’aquarelle une de ses postures favorites quand ses articulations le lui permettaient encore. Blotti sur lui-même il se sentait ainsi à l’aise, rassuré comme peut l’être un enfant qui met son doudou sous son nez. Pour lui c’est sa propre queue qui fait cet office. 

Tigrou a un pelage étonnant depuis sa naissance. Noir et blanc, il a des reflets ocres et d’autres roux au niveau de sa tête. 
Indépendant comme tout chat qui se respecte, il venait chercher du câlin quand il le voulait et gare à celui qui voulait lui en offrir en dehors de ces brefs instants. 
Empathique, il a toujours senti les besoins des humains autour de lui, que ce soit un enfant malade ou un adulte triste, pour être présent à sa manière. 

Aujourd’hui Tigrou vieillit et c’est à nous de veiller sur lui. Par cette petite aquarelle il sera toujours présent à la maison, dormant de plaisir. 

dimanche 5 janvier 2020

Plein phare pour 2020

Saint-Matieu @Axel Pivet
Première œuvre de l’année, sur une chute de carte marine ancienne qui correspond très exactement au secteur de cette œuvre : la pointe de Saint Mathieu et son phare ici représenté sont visible sur la droite de la carte.