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mardi 16 juin 2026

Sortie du livre "Esprit Aviso"

 



Mon nouveau livre, Esprit Aviso, est enfin sorti.
Peint et dessiné en mer pendant un embarquement sur le patrouilleur de haute mer Enseigne de vaisseau Jacoubet, le livre rend hommage aux 17 unités de la série d'Estienne d'Orves entrée en service actif il y a tout juste 50 ans.

La vie à bord, le ressenti en mer, l'ambiance singulière, l'état d'esprit fort et résilient, autant de thèmes abordés par mes croquis et mes textes, auxquels ont contribué mon coauteur Octave Le Pivert, commandant du Jacoubet.

Avec la préface du Chef d'état-major de la Marine, la postface du Préfet Maritime et commandant en chef de la zone maritime de l'Atlantique, le livre bénéficie du label des 400 ans de la Marine.

Les droits d'auteur sont entièrement reversés à Entraide Marine, l'association qui gère les oeuvres sociales de la Marine nationale.

En vente chez Dialogues à Brest, au Musée de la Marine à Paris ou sur commande sur ma galerie :
 




jeudi 5 mars 2026

Pour acheter mes aquarelles


 https://axelpivet.sumupstore.com/


Vous aimez mon travail et souhaitez acheter une aquarelle ? Vous pouvez vous rendre sur la boutique en ligne ou me contacter pour passer une commande personnalisée.

mercredi 22 novembre 2023

jeudi 27 juillet 2023

Palais Salon 2023

 


Cette année encore j'exposerai mes aquarelles au milieu de mes confrères, de magistrats, greffiers et experts judiciaires qui partagent une passion pour la création artistique.

Une exposition ouverte à tous, qui ne parle pas tellement de justice mais qui laisse une large place à l'imaginaire de chacun : huiles, gouaches, sculptures, aquarelles, icônes, photographies, tous les arts et tous les styles y sont présentés, l'occasion de découvrir derrière les robes noires des artistes souvent de grand talent.

Maison du Barreau de Paris, 2 rue de Harlay sur l'Ile de la Cité (place Dauphine), du 18 au 20 octobre 2023.

Entrée libre

mardi 8 novembre 2022

GALERIE VIRTUELLE ROUTE DU RHUM 2022


©Axel Pivet - 2022

©Axel Pivet - 2022

©Axel Pivet - 2022

©Axel Pivet - 2022

©Axel Pivet - 2022

©Axel Pivet - 2022

©Axel Pivet - 2022

©Axel Pivet - 2022

©Axel Pivet - 2022

©Axel Pivet - 2022

©Axel Pivet - 2022

©Axel Pivet - 2022

©Axel Pivet - 2022

©Axel Pivet - 2022

©Axel Pivet - 2022

©Axel Pivet - 2022

VENDUE ©Axel Pivet - 2022


©Axel Pivet - 2022


©Axel Pivet - 2022

 

©Axel Pivet - 2022


mercredi 31 août 2022

Ainsi va Bréhat





©Axel Pivet - 2022

Dans le petit matin encore gris et froid, le relief de l’Arcouest dissimule toute vue sur le large, c’est encore la campagne à proximité de la mer. A la dernière minute, du haut d’une cote, le panorama se dévoile enfin, dans toute sa majesté comme un tableau de David, à couper le souffle, perturbant profondément la concentration du conducteur. Une myriade d’îles, confettis de terre cherchant à avaler une goulée d’air en se hissant hors de l’eau. Un émerveillement saisissant devant une telle perle de la nature. Ainsi se présente Bréhat, au coeur de son archipel.

Il y a bientôt 30 ans, je me suis perdu dans ce dédale de roches, cherchant le chenal sans parvenir à le distinguer. Au navigateur extérieur l’île ne se laisse pas facilement gagner. Au voyageur d’aujourd’hui, il suffit d’un bond de sauter dans la navette et d’un autre bond franchir le détroit depuis l’Arcouest, se laisser déposer sur le confort d’une cale pour rejoindre Port Clos sans plus d’effort que de savoir où porteront ensuite ses pas. Loin du cirque d’alors, sans GPS, le mouillage à prendre en solo, l’annexe à gonfler puis trouver son chemin dans le soir tombant jusqu’au premier bistrot voulant bien accueillir un voileux hirsute de passage.

 

©Axel Pivet - 2022


C’est en père de famille que je reviens des années après mais en moi la vibration originelle est toujours là qui résonne en ce lieu magique. Ainsi en va-t-il des îles, évoquant les voyages extraordinaires, le lointain d’une expédition, les richesses à découvrir. On ne se refait pas, à presque 50 ans aborder une île me renvoie à des jeux d’enfant quand il est possible d’être contrebandier en Optimist, quand une plage de Bretagne devient une île déserte des Caraïbes. Ainsi va Bréhat, du sommet d’une hauteur surplombant un camping, avec les cohortes de touristes en marche, j’y ai vu une île déserte, faisant abstraction de la foule en plongeant le regard dans l’infinie beauté d’un paysage envoûtant, nettoyant d’un coup de pinceau les petites taches gênantes, plissant les yeux pour que Bréhat se dévoile à nouveau vierge, livre ouvert dont on lit une nouvelle page en portant le regard dans une autre direction. Et quel livre ! De ceux qui continuent de grossir au fur et à mesure que l’on progresse dans leur lecture.

 

©Axel Pivet - 2022


Car la marée entre en scène qui réécrit les pages déjà lues, car la lumière prend la plume à son tour pour tout redessiner et offrir une autre lecture. Mais volage, cette lumière offre de nouveaux habits à la vision sur le paysage, crée de multiples combinaisons avec la marée, déclinables à l’infini.

 

Le pinceau devient ivre, fou de bonheur lui qui peut se lâcher sur le carnet, jouer comme il l’entend sur la palette des couleurs pour faire vibrer celle des émotions, dessiner et redessiner une même vue sans que jamais ce ne soit la même.

 



©Axel Pivet - 2022

La mer se glisse entre les cailloux, recouvre la grève, fait danser les bateaux au mouillage en les sortant de la léthargie de l’échouage. Debout les crabes, la mer monte ! Avec la marée vient le vent, avec le vent viennent les voiliers, le bal peut commencer. Les danseurs avancent doucement jusqu’à la piste, franchissant les passes, embouquant les chenaux jusqu’à l’eau libre et l’archipel s’anime subitement. Les voiles à la surface de l’eau sont le reflet des ailes des goélands dans le ciel, taches blanches ou colorées qui jouent avec le vent, se jouent des courants, enroulent les balises et évitent le récif. Sous le soleil c’est la foule des grands jours, certains ont sorti leurs plus beaux atours, spis bariolés, génois colorés. 

Et soudain, le silence se fait : au milieu de la flotte se dégage un vieux gréement aux voiles bistres, vieille dame pleine d’élégance au passage de laquelle chacun sur l’eau se retourne. Mais une vieille dame que chaque marin regarde en connaisseur comme si elle était une jeune fille aux atours affriolants, fleur de beauté dont on aimerait prendre la barre, sentir le bois de la coque vivre sur la vague, chaque poulie grinçante réciter une poésie douce à l’oreille. Mais la vieille dame poursuit sa route de grande dame, digne dans son élégance, sûre de son chemin, fière de l’effet qu’elle ne sait que trop bien avoir provoqué chez ses admirateurs. Mes pinceaux se sont violemment imprégnés de son souvenir pour la faire revivre demain dans l’atelier.

 

©Axel Pivet - 2022


Ainsi va Bréhat, la tête se tourne et le regard est capté par l’autre spectacle tout aussi infini en cette fin d’été, le concert philharmonique des fleurs sous la baguette du maestro Soleil. Ce n’est plus un rêve d’un enfant dissimulé dans un adulte, Bréhat prend bien des airs d’exotisme à portée de main du littoral breton. Les pinceaux peuvent bien chercher dans la palette toutes les nuances offertes aux yeux, la déclinaison semble elle aussi infinie. C’est un poème en vers, un alexandrin en verts dont jaillissents des pépites de garance, des explosions de gomme gutte, des saveurs d’alizarine, des chatoiements d’indanthrène, des dialogues savoureux entre cobalt et turquoise. Les pages du carnet en frémissent de bonheur, se gondolent sous ces étalages à n’en plus finir des agapanthes, passiflores, hortensias, géranium (de Madère, excusez du peu !) mistral, eucalyptus. Ma grand-mère s’est toujours moquée de mon incapacité à connaitre les noms des fleurs, ici je suis un béotien qui ne sait plus ni lire ni écrire  tant il m’est impossible le mettre un nom sur tout ce que je vois. Ainsi va Bréhat.

 

Comme sur chaque île, la réalité du marcheur est de tourner en rond mais l’illusion fait le reste, le sentier fait sensation qui dans un sens raconte une histoire et dans l’autre une nouvelle. On pourrait s’y perdre en s’en donnant la peine.

 

Ainsi va Bréhat, qu’il faut restituer à sa quiétude quand la marée des visiteurs reflue vers la terre. Un regard en arrière, le sillage de la navette se referme sur le rêve éveillé qui reste ancré là-bas. Heureusement mon rêve est précieusement conservé dans les pages de mon carnet, rangé dans la soute à voiles de ma mémoire, prêt à hisser pavillon haut quand le vent des souvenirs fera claquer les pavillons dans les haubans.

Retour à terre en attendant…


©Axel Pivet - 2022




mardi 28 septembre 2021

Catapultage pour un vol de nuit

©Axel Pivet - 2021

 Rafale Marine (RFM) au catapultage pour un vol de nuit, aquarelle 24 x 32 cm

Dinan, tour de l'Horloge

©Axel Pivet - 2021

 Aquarelle 24 x 32 cm

Réalisée et vendue pendant l'exposition Léhontine des Journées Européennes du Patrimoine 2021.

En forêt

 

©Axel Pivet - 2021


A l'abri sous les branches, la pluie tombait drue sur la forêt de Montmorency.
Habillés pour un été indien, il ne restait d'autre issue que de patienter ou d'être trempés.
De quoi prendre le temps, le temps d'observer les contrastes des branches et des feuilles dans cette trouée que la route forestière trace parmi les arbres.
Observer jusqu'à imprimer l'image dans la rétine, jusqu'à laisser les pinceaux retranscrire cette sensation.

jeudi 9 avril 2020

Lueurs après l'orage

©Axel Pivet
En Bretagne, les orages sont intenses, brutaux. Le ciel s'assombrit et même en été une ambiance froide vous saisit.
Mais au sortir de la crise, le ciel restant lourd et d'ardoise, le soleil se fraie un passage et joue comme un projecteur sur le blanc des maisons. Ce contraste des couleurs est enchanteur, éblouissant, promesse d'un autre jour au sein d'une même journée.

Dans l'aquarelle tout repose sur la lumière et sur les contrastes, bien plus que dans d'autres formes de peintures et ce en raison de la transparence des pigments. Un tel sujet convient donc particulièrement tout en étant un défi. Il faut trouver le juste équilibre des teintes, ce que la photo va très mal rendre, et bien marquer les contrastes, sans retenir le geste.

Pour le ciel, la difficulté est d'obtenir un rendu assez sombre et fluide, alors même que les pigments sont transparents. J'ai beau utiliser de la qualité extra-fine, donc avec des pigments plus intenses, le blanc du papier ressort quand même. Je vais donc tenter un glacis pour assombrir le lavis initial, mais quelques gouttes sont venues perturber le rendu, faute pour moi d'avoir correctement à nouveau mouillé le papier. Peu importe, quelques nuages viendront masquer ces auréoles !

Ce travail est destiné à faire un marque page ; ses dimensions sont donc très verticales. Le rendu photo n'est pas assez fidèle à l'original malheureusement.

©Axel Pivet

lundi 6 avril 2020

Beluga sur carte marine

©Axel Pivet - Voilier Béluga
Aquarelle sur carte marine imprimée en 1903
Conçu en 1943 par le célèbre architecte naval Eugène Cornu, le Béluga est l'ancêtre de la plaisance moderne, mais un ancêtre bien portant puisqu'avec plus de 1.000 unités construites, il continue vaillamment à naviguer.
Il représente une porte sur la liberté, ouverte dans l'immédiat après-guerre, grâce à ses qualités étonnantes pour l'époque avec des lignes qui tranchaient sur les voiliers classiques, plus lourds et à fort tirant d'eau.
Le Béluga est le premier voilier habitable dériveur intégral et transportable. L'association des propriétaires anime rencontres et régates et c'est sur son site qu'une photo a attiré mon attention.

Tout démarre d'une carte vierge, de dimensions modérées : 53 cm de haut sur 37 de large, qu'il faut maintenir plaquée sur une planche de travail car elle est conservée enroulée.
La carte date de 1903, elle est issue d'un lot de douze, pour les 12 heures de marée, représentant les courants en Atlantique en fonction de la marée de référence à Brest.
Un premier travail consiste à poncer légèrement la partie imprimée, en raison du vernis associé à l'encre couvrant la partie terrestre de la carte. D'expérience en effet, ce vernis repousse la peinture et à part la gouache rien n'accroche.
Un ponçage léger enlève cette pellicule et autorise ainsi un travail à l'aquarelle.

La base du tableau repose sur un dessin solide, représentant le voilier vu de face, dans une posture dynamique car il arrive au portant, dans une rotation vers le spectateur comme attaquer un surf sur une vague.
Ces voiliers en effet ont une carène planante qui leur permet de jouer à la surface des vagues ; on lofe (remonter dans le lit du vent) pour prendre de la vitesse quand la vague soulève l'étambot (arrière du voilier), puis on abat pour se mettre dans l'axe de la vague quand elle emporte le bateau.
Un vrai jeu qui apporte beaucoup de plaisir.

Quand les premières couleurs arrivent, il faut savoir prendre du recul pour apprécier l'ensemble, surtout avant de poser les lavis de la mer puis du ciel.
Les voiles sont peintes à la gouache blanche, car le fond de la carte est trop grisâtre pour bien les faire ressortir en contraste sur le fond du tableau. L'aquarelle est en effet une peinture qui repose entièrement sur les jeux de lumière et de contrastes entre les couleurs.

Travailler sur une vieille carte apporte des contraintes liées au papier, qui non seulement n'est pas blanc, ce qui influe sur la teinte après séchage du fait de la transparence des pigments, mais n'est pas fait pour réagir à l'eau comme un papier d'aquarelle classique. Les fusions de couleurs et les lavis ne fonctionnent pas comme à l'ordinaire.
Je vais quand même mouiller le papier pour poser le lavis de la mer, sur lequel ensuite je viendrai, par petites touches, créer le mouvement des vagues et les jeux d'ombres.
Le voilier est entouré de vagues déferlantes, car dans un surf le bateau pousse l'eau de toutes parts.

Quand le travail est fini, la carte se fait plus discrète même si son fond interagit avec le ciel pour créer une ambiance couverte du côté ombré. Il faut en effet réfléchir en amont au sens de la couleur pour tenir compte précisément de l'effet que produira la carte en sous face.
Bon vent à ce Béluga !


jeudi 2 avril 2020

Souvenirs du Corsaire

©Axel Pivet - Corsaire en mer
Aquarelle sur carte marine de 1930

Le Corsaire est une série de voiliers conçue en 1953 par Jean-Jacques Herbulot, l’un des pères de la plaisance moderne de l’immédiat après guerre.
Fabriqué en contreplaqué, grande nouveauté pour l’époque, de 5,50 mètres, c’était le voilier habitable accessible à tous grâce à un prix modéré, grace aussi à ses dimensions qui permettaient de le mettre à l’eau facilement, de mouiller au fond d’une baie sans crainte de l’échouage.
Comme la 2 CV à laquelle il est souvent comparé, le Corsaire a été synonyme de liberté retrouvée.

Popularisé par l’école de voile des Glénans dans le Finistère, célèbre pépinière à la fois de joyeux baba cools et de marins bientôt renommés, le Corsaire a conquis son public par d’extraordinaires qualités marines.

©Axel Pivet - Cosmao au chantier
Aquarelle sur cahier - 1993 

Il ne s’agit pourtant pas ici de refaire un article d’histoire de ce voilier, mais de parler d’histoires avec ce voilier.
En 1992, j’ai récupéré sur un quai de Solidor à Saint Malo une épave qui devait partir à la casse, un Corsaire de 1965, dont toutes les oeuvres mortes (traduction : toutes les parties de la coque qui ne sont pas dans l’eau) étant pourries et devant être refaites.
En 1993, après un an de chantier au fond d’un jardin, voilà ce gaillard de presque 30 ans qui retrouve l’eau, refait à neuf (enfin, aussi neuf que mes compétences de charpentier de marine le permettaient, c’est-à-dire pas grand chose). A son bord, j’ai pu vivre des heures intenses de belles navigation, d’angoisses, d’énervement, d’avaries. Je lui ai crié dessus, ce pauvre tas de bois et de toile, mais j’ai crié vers le ciel aussi, de joie cette fois.

Je garde le souvenir de ces heures dans la rade de Brest où je me rendais avec mes cours de droit protégés dans des pochettes en plastique pour réviser mes examens de licence (où je me suis présenté bronzé comme un vacancier, mais que j’ai eus noblement). Ces jours à courir sus les autres voiliers comme dans une régate, ces heures en solitaire où le monde m’appartenait.
Ces heures d’inquiétude quand la brume tombait sur Brest et me surprenait en mer, à ne plus voir l’étrave du bateau et à perdre le sens de l’orientation. Le compas n’y fait rien, on pense aller dans une direction alors qu’on fait route contraire ; il faut piquer au nord chercher la terre, la digue de l’arsenal que l’on suivra jusqu’à en trouver l’ouverture, c’est-à-dire l’entrée du port.

Ces heures de pétole quand pas un souffle d’air ne vient rider la surface de la mer, laissant au soleil de Bretagne le soin de vous coller une migraine malgré un foulard sur la tête. Foulard qui répondait au curieux nom de « zob corsaire » alors qu’un ami avait simplement parlé d’un « bob » mais une oreille un peu bouchée ou l’esprit totalement mal tourné en avait décidé autrement.

Ces heures de tabac quand le vent se déchaine au-delà des capacités du marin, on ne parle pas de tempête bien sur mais d’un coup de vent que chacun étale jusqu’à un certain stade selon ses compétences ou appétences. Mais changer une voile à l’avant d’un corsaire, sans filet de sécurité, quand on est seul à bord, que le bateau est secoué dans tous les sens, trempé par les vagues qui chacune rêvent de vous emporter, c’est bien une tâche dont le souvenir me glace encore, mon ventre se serrant rien que d’y penser. 


La lueur d’un orage au loin en mer, le pastel d’une aurore au large de l’île de Bréhat, le noir de jais de la nuit à l’approche de Saint Malo, sont autant de couleurs qui s’associent à ces heures de navigation à bord de mon Corsaire.
Le chuintement de l’eau à l’étrave, les coups sourds résonnant dans toute la coque dans la danse sur des vagues élevées, le claquement des voiles qui ballotent en absence de vent, autant de bruits fluides ou brutaux qui accompagnent ces couleurs. Spectacle en sons et lumières offert au navigateur.



On rêve en mer, on rêve à terre. J’en ai passé du temps, assis sur un ponton à regarder ce bateau, mon bateau, à l’admirer - sans doute à admirer mon propre travail de restauration -, à lui parler. Pour un marin son bateau est un être vivant à qui l’on parle, que l’on écoute. Comme un amoureux qui se contente d’admirer sa belle, sans avoir besoin de parler, le marin regarde son bateau, symbole de sa liberté en mer.


Comme en amour on se déchire aussi. Quand le bateau ne parvient plus à faire face au vent trop fort pour lui, que chaque virement de bord devient un combat, que des vagues traîtresses viennent le rouler jusqu’à lui coller le mât dans l’eau en cherchant à emporter le marin avec, la fatigue, l’énervement, laissent sortir des mots durs, des insultes. C’est le bateau qui est fautif car à lui on peut parler alors qu’au vent...
Jusqu’au jour où d’avoir trop crié, de s’être trop épuisé à son bord, d’avoir cru disparaître aussi aux pieds de la chapelle de Notre-Dame des Flots où j’irai en pèlerinage de remerciement après, on met le sac à terre, on franchit les écluses une dernière fois jusqu’aux pieds d’une grue de levage près de laquelle le mandat de vente est signé. Ne pas se retourner, prendre son sac et partir, presque honteux, presque en colère. Je ne le reverrai plus jusqu’au jour où, quelques années plus tard, passant sur un chantier naval de Saint Malo, je l’ai reconnu. Impossible de se tromper, j’avais formé son tableau arrière d’une courbe bien particulière ! Mais quelle horreur, il avait dû talonner ou être jeté à la côte pour être aussi abîmé, des planches béantes. Il ressemblait à ces blessés qui arrivent aux urgences d’un hôpital. Pour ne pas pleurer je suis parti à nouveau, sans me retourner. Qu’est-il ensuite advenu du Corsaire n° 302 ? Je préfère ne pas chercher à savoir, continuer à l’imaginer navigant de plus belle, allongeant son sillage un peu plus, chatouillant le lever du soleil, avalant les milles en profitant du spectacle de la Bretagne séculaire.
Il m’en reste le journal de bord que je rédigeais à l’époque, le cahier rempli des photos depuis son chantier jusqu’à sa dernière navigation. Quelques aquarelles maladroites de l’époque et ces rêves encore vivants.
C’est ça la liberté, un sentiment qui survit à tout même au temps.