lundi 3 octobre 2016

Au musée Delacroix


Au coeur du quartier Saint Germain des Prés, dans le 6ème arrondissement de Paris, se nichent quelques pépites surprenantes, discrètes et bien cachées. Place Furstenberg, quelques arbres encadrent un lampadaire à cinq globes et donnent à ce petit espace un charme fou.
C'est là dans l'angle que s'ouvre une cour par laquelle on accède au musée Delacroix, dernière demeure du peintre qui avait choisi de s'y installer pour se rapprocher du grand chantier qui l'occupait alors, la décoration d'une chapelle de l'église Saint Sulpice.

En haut d'un grand escalier, on pénètre dans l'appartement du peintre, quelques pièces où sont réunies diverses oeuvres de Delacroix ou sur Delacroix. Ainsi deux portraits se répondent l'un l'autre : Delacroix peint par un ami et cet ami peint par Delacroix. Ou encore l'esquisse d'un tableau mettant en scène un épisode célèbre des prémices de la Révolution, Mirabeau signifiant à Dreux-Brézé envoyé par le Roi le refus du Tiers Etat de se séparer. Le tableau final est à Copenhague mais déjà ici on reconnait non pas les personnages à peine esquissés, mais leurs allures, leurs gestes, le tout déjà peint à l'huile.


En descendant quelques marches qui mènent au jardin, la visite se poursuit dans l'atelier de Delacroix, vaste pièce qu'éclaire une haute fenêtre et une verrière zénithale. En contournant la cheminée on trouve une petite pièce où est exposée la copie d'un tableau célèbre dont l'original est au Louvre, autoportrait de Delacroix ici par Jules Letoula que les français ayant plus de 20 ans connaissent bien pour avoir figuré sur les billets de 100 francs. Delacroix sur ce tableau avait 39 ans.

Un buste en plâtre teinté le représente académicien, il a donc plus de 59 ans. La chevelure toujours folle mais plus longue, le visage plus empâté et sévère et un nez digne de Cyrano.


Puis on descend profiter du jardin, au creux des immeubles qui se dressent tout autour et qui forme un rempart contre les bruits de la ville pourtant si proche. C'est un espace paisible, qui appelle à profiter de son calme en admirant la façade de l'atelier décorée de fresques à l'antique. De ci, de là, des livres sont proposés pour s'installer et lire tranquillement là où Delacroix a vécu heureux ses dernières années. Un lieu qui sans l' opiniâtreté d'une société créée spécifiquement pour aurait été détruit pour céder la place à l'urbanisation galopante.






lundi 5 septembre 2016

Peindre en mer


Un bateau n'est pas le lieu le plus stable qui soit, avec sa tendance à vouloir se mouvoir sur trois axes, le plus souvent d'ailleurs les trois en même temps. Dessiner en mer relève de la haute dextérité, du désastre absolu ou d'une certaine chance quand les conditions de mer sont favorables.


Quand on est simple équipier, il y a toujours quelqu'un d'autre pour veiller à la marche du bateau pendant l'exécution du dessin ; le seul soucis est la rapidité avec laquelle l'angle de vue sur le sujet s'ouvre, les perspectives se modifient, et le dessin final ressemble peu à l'original.



Dessiner en revanche en étant seul à bord présente une autre dimension : il faut porter son attention sur le croquis et sur la marche du bateau, même lorsque celui-ci est simplement mis en panne. Vent et courant se chargent de déplacer le bateau surtout là où il ne faut pas qu'il aille, si possible sur la trajectoire d'un ferry.




Par vent très calme, la mer prend des airs de lac, le bateau ne bouge presque plus et le dessin se fait plaisir. Jusqu'à ce que le bateau soit presque en collision avec une balise ou un autre qui ne regarde pas davantage devant, tout occupé à pêcher.

Peindre en mer, peindre depuis la mer. Les perspectives vues depuis le pont d'un bateau sont si différentes de celles depuis la terre, même depuis une plage.




Il faut aussi raconter les escales, parler du voyage ; le carnet croqué en mer  comprend des pages depuis un ponton, depuis un port, qui évoque le plaisir de la pause à terre. 








samedi 20 août 2016

Le tour de l'île de Groix par la mer


Un jour sans vent que caresse un soleil d’été prometteur. Si ce n’est idéal pour tenter des records à la voile, rien de tel pour une sortie paisible qui allie plaisir et découverte.
Cap sur l’île de Groix au large de Lorient. Quand on dit au large, il faut entendre plus précisément en face car la distance n’est pas de 5 mille nautiques. Bien assez pour des enfants qui rêvent d’aventure ou des plus grands qui ont envie de voir des eaux turquoises.


Idéal encore quand la mer presque d’huile laisse pour une fois le dessinateur croquer à la volée tout ce qui passe à portée de crayon, sans les sursauts qui rendent le dessin hasardeux. Il faut faire vite car même à petite vitesse les angles s’ouvrent vite, les perspectives se déforment.




Aux Sables Blancs, le mouillage prend des allures antillaises que la température de l’eau vient vite dissiper ! Cette plage a la double particularité d’être convexe et mobile. Quand on regarde une carte marine, la plage est plus à l’est qu’elle ne l’est aujourd’hui. Mais elle reste un point d’attraction pour pique-niquer, les plus courageux se baigner.


Les côtes de Groix jouent sans cesse avec le regard, tantôt plane comme à la Pointe des Chats, tantôt abrupte comme au Trou de l’Enfer, tantôt déchirée comme à Pen Men. Des couleurs du plus beau vert jusqu’au brun sombre des roches, qu’égaie une touche terre de sienne des lichens.



Quand paraissent les roches sombres et hérissées de la Pointe de Pen Men, là-bas sous le sémaphore de Beg Melen dont on entend si souvent les veilleurs à la radio VHF (canal 16 : « la station qui appelle Beg Melen, vous êtes fort et clair, bonne journée ! »), le tour est bouclé et la route peut s’orienter vers le retour.
Comme tous les autres nous prenons le cap sur les passes de Port Louis, comme tous les autres qu’en dessinant je verrai essentiellement de dos.


L’entrée de la rade se dessine, surplombée de ses deux immenses silos qui se détachent clairs sur le paysage. A l’ouest la grande passe, que prennent tous les navires de fort tonnage ; à l’est la petite passe que préfèrent les plaisanciers ; entre les deux l’îlot Saint Michel où les fusiliers marins vont s’entrainer. Au fond le port de plaisance de Lorient centre, point de départ et de retour.






mardi 3 mai 2016

Le Carnet Vénitien - Partie 7


26.04.2016. Le réveil sonne si tôt qu’il en est incongru en vacances, mais à 5 heures le motoscafo nous attend pour rejoindre Marco Polo, de l’autre côté de la lagune. Dans la nuit noire nous devinons plus que nous distinguons ici Fondamente Nuove, là Murano, avant qu’à pleine vitesse le bateau ne traverse la lagune vers l’aéroport. De temps à autre le bateau ralenti pour en croiser un ou plusieurs autres, toujours très près car les couloirs de navigations sont étroits et les vagues croisées le font taper dur.


Dernière vue au loin sur Venise à travers les baies vitrées de la salle d’embarquement, le jour se lève à peine.
Dernier regard depuis le ciel quand l’avion tourne pour s’orienter vers le Piémont.


Dans un peu plus d’une heure ce sera le retour à Paris, la grisaille et surtout ses embouteillages quand pendant une semaine nous n’aurons pas croisé une voiture.
Choc du retour…





lundi 2 mai 2016

Le Carnet Vénitien - Partie 6


25.04.2016. La pluie annoncée pour ce matin joue les arlésiennes, profitons-en pour prendre un petit déjeuner en terrasse Via Garibaldi, en profitant cette fois de la vue sur San Giorgio Maggiore de l’autre côté du bassin. Venise est pavoisée en ce jour de la Saint Marc et nombreux sont ceux qui se promènent qui avec une rose à offrir, qui avec un drapeau de la ville.


La visite de la basilique étant fermée du fait des grands messes célébrées ce jour-là, notamment par le Patriarche de Venise, profitons-en pour déambuler le long du Giardini Riale, le jardin du palais royal qui borde le Bacino San Marco, ombragé par des pins qui lui donnent un air de marina. C’est d’ailleurs un port de plaisance du Yacht Club de Venise.

Sur la place San Marco, les grands mats arborent les drapeaux italien, européen et vénitien, de dimensions telles que toute la vue en est changée.


Le temps de déjeuner dans une trattoria dont les murs sont couverts de bouteilles de vin, à l’ombre du Palais du Patriarche et nous pouvons revenir visiter la basilique.
Attention, même les simples sacs à dos doivent être déposés dans une consigne, sauf ceux des enfants. A Venise les enfants ne sont ni fouillés, ni inspectés et leurs sacs, même plus gros que ceux des adultes, sont tolérés partout.

L’escalier qui grimpe vers la loggia de la basilique et le musée, étroit et escarpé, aux marches démesurées, met dans l’ambiance mais pour quelle vision arrivé en haut ! C’est une vue d’ensemble presque à mi hauteur qui permet d’apprécier à la fois les volumes de la basilique mais aussi ses fresques. Le parcours dans les combles latérales offre un point de vue sur les balcons, si étroits qu’assister à une messe devait être un calvaire.
Quand enfin la nef s’ouvre à la visite, c’est un défilé de touristes qui piétinent pour faire un tour à sens unique jusqu’au tombeau de St Marc. Autant rester profiter de la loge et de la vue sur la place depuis le quadrille, qui n’est qu’une copie, l’original étant à quelques mètres derrière dans le musée. La pluie a vidé la place et la piazzetta.


Quand après un petit tour dans le quartier de San Marco en arrière de la tour de l’horloge nos pas nous ramènent vers la place Saint Marc, celle-ci est couverte de drapeaux agités en tous sens pour célébrer Saint Marc, le patron de la ville. Une foule joyeuse et trépidante qui répond « San Marco » à des appels où l’on semble distinguer des mots comme liberté ou libération.


Dernière promenade le long de la Riva degli Schiavoni avant d’aller prendre le soleil face à une vue superbe sur le Bacino San Marco afin de graver dans nos yeux cette vision unique.




Le séjour touche à sa fin, mais pas le rêve de la Sérénissime…


dimanche 1 mai 2016

Le Carnet Vénitien - Partie 5


23.04.2016. Un jour de pluie sur Venise, qui s’ouvre par un orage fameux à faire trembler les murs. Alors que le programme de visite commandait de partir tôt pour éviter l’affluence, autant prendre son temps pour déjeuner au sec en famille.


Entre deux nuages, une percée de ciel bleu incite à sortir en direction de San Marco pour visiter le Palais des Doges, ses salles admirables et ses prisons fameuses. On comprend mieux de l’intérieur les proportions extérieures du bâtiment, qui ressemble à une boîte posée sur une forêt de pilotis. Les loges au premier niveau allègent l’ensemble tandis qu’en hauteur se tiennent les salles monumentales où se succèdent affaires étrangères, législation puis justice.
La grande salle des délibérations en assemblée impressionne par ses dimensions et on imagine le bruit d’une foule réunie en ces lieux, chacun cherchant à faire entendre sa voix dans un tel volume.
La vision du paradis par Le Tintoret laisse quelque peu dubitatif mais il faut admirer l’exploit d’un tel travail pour réaliser une toile sur 25 m, la largeur de la salle.
La visite des prisons offre l’opportunité de traverser le Pont des Soupirs, qui contient deux couloirs parallèles menant vers les cellules que l’on parcours ici en partie basse. Les « Plombs », cellules situées sous les toits, ne se visitent que sur réservation.


Pour changer de style culinaire, déjeuner au Hard Rock Café, juste sous une guitare dédicacée et offerte par les Rolling Stones, amateurs du lieu. La vue s’ouvre sur le Bacino Orseolo, le point de départ du circuit des gondoles depuis Saint Marc, là où le canal fait un curieux coude, les gondoles se bousculent sur l’eau tandis que les touristes en font autant sur le quai dans un étrange ballet sous les rires des gondoliers qui s’interpellent.


Visite ensuite du Palais royal au Musée Correr, pour parcourir les appartements de l’impératrice Sissi, ce qui n’est pas sans rappeler la récente visite de la Hoffburg à Vienne.

Toutes ces visites projettent le voyageur dans le temps, quand Venise était indépendante puis après. La joyeuse période du XVIIIè siècle est ainsi présente dans chaque boutique qui vend des masques.


Sauter ensuite dans un vaporetto de la Linea 2, celle qui marque le moins d’arrêts dans le Grand Canal, pour faire le tour et descendre à Zaterre, gagner rapidement San Trovaso pour admirer l’un des derniers chantiers de gondoles encore en activité.
Quelques pas dans une ruelle si étroite et pourtant le flot de touristes y est continu pour arriver à l’Accademia.


Encore un saut de vaporetto vers l’Arsenal et profiter d’une vue large sur l’entrée majestueuse, flanquée de deux tours, pour évoquer tous les navires qui y furent construits et qui contribuèrent à la réputation et à la renommée de Venise sur toutes les mers alors connues.



L’Histoire et le Présent restent intimement mêlés dans cette ville décidément bien unique…